Skol'Art 33

Le trans-faire, c'est l'Être

Le trans-faire, c'est l'Être
Il y a des paroles pleines, il y a des paroles creuses...


« La clinique montre que parfois, ce qui s’exprime dans les œuvres est une défense psychique ou une résistance au processus thérapeutique, un truc artistique, un acte de non vie. Si l’on ne sait pas reconnaître cela, on risque d’encourager la non vie au lieu de permettre le déploiement de la vie. » (Stitelmann)

 

Dit autrement :

Il y a des paroles pleines, il y a des paroles creuses

Il y a des rituels pleins, il y a des rituels creux

Il y a des œuvres pleines, il y a des œuvres creuses

Il y a des gestes pleins, il y a des gestes creux

 

Dans l’arène thérapeutique, le professionnel doit être suffisamment congruent* pour repérer les différents niveaux d'expression, de parole et de réalité qui sont à l’œuvre.

Quand « ça » parle, quand « ça » crée, d’où « ça » parle, d’où « ça » crée ?

Cet objet créé que le Sujet pose entre lui et moi, qu’enforme-t-il de lui ?

C’est-à-dire : qu’a-t-il donné de lui dans cette forme qu’il donne à voir ?

Est-ce un « colis » plein ou un colis vide qu’il me livre ainsi ?

Ce qu’il me livre le délivre-t-il (à l’instar de la délivrance d’un accouchement) ou est-ce juste « un truc » relationnel de plus, une forme vide de « sens », mentale, relationnelle, habituelle ?

S’est-il Réellement* passé quelque chose entre le Sujet et son objet ou le Sujet a-t-il fait pour faire comme on parle pour parler, sans rien « dire » au fond ?

A-t-il fait sans Être ? Cet objet a-t-il un Être du fait d’avoir été organiquement et absolument investi ou est-il un masque de plus ? Une parole creuse de plus ?

Si rien de sa densité organique, psychique, inconsciente, ne s’est transférée dans l’objet, alors l’œuvre est creuse.

Nous pourrions le formuler ainsi : si rien ne se trans-faire dans l’objet, alors l’objet n’Est pas, c’est-à-dire qu’il n’a pas d’Être propre qui justifie un dialogue à corps-coeur ouvert avec lui.
Reste à questionner cette capacité formidable du Sujet à produire du vide, à parler pour ne rien dire, à créer des formes vides de sens et de Sens, à rester piégé dans des mécanismes de défenses qui l’empêchent de s’abandonner à sa densité organique, vivante, au grand Autre en lui, à l’étrange en lui.

Peut-être sera-t-il possible, pour l’aider, d'introduire des dispositifs créatifs et exploratoires favorisant le ressenti, le sensitif, le relâchement des défenses du Moi, l’abandon sans crainte aux remous et effets de son monde intérieur, bardé de « sens » interdits ?

L’art-thérapeute, disions-nous, doit donc différencier une parole pleine d’une parole creuse, une œuvre pleine d’une œuvre creuse, un « truc » artistique d’une expression vivante, dense, organique, vibrante.

Ce qui se transvase de moi dans l’œuvre – ce qui se trans-faire - c’est ce que j’appelle l’Être de l’œuvre, ce qui fait que l’œuvre dit quelque chose parce qu’elle est pleine de ce qu’elle a transporté à l’extérieur de moi pour que je puisse dialoguer avec cela qui Est maintenant en elle.

Cette notion, située au croisement de la phénoménologie, de la psychologie et de l’art, est essentielle en art-thérapie.

Au fond, que cherchons nous ?

Quel que soit l’acte, nous cherchons à rendre la personne à elle-même, à son Être propre, à renforcer son aptitude poïétique.
Quoi d’autre ?

En la matière, tout repose sur la capacité de l’art-thérapeute à identifier les différents niveaux d’expression, de création, de parole, de relation.

Si l’art-thérapeute doit mettre sa créativité professionnelle au travail, c’est sur ce plan particulier de l'accompagnement.

Véronique ASVISIO - Qui suis-je ?
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Lexique :

*congruent : terme introduit par C.R. Rogers dans l’Approche centrée sur la personne.
Terme qui pourrait se résumer par : y-a-t-il cohérence entre ce qui se vit, ce  qui en est perçu, ce qui s'en dit.
Dans l’arène art-thérapeutique, cette congruence est questionnée du côté du lien SUJET-OBJET mais aussi du côté de l’espace intersubjectif CLIENT-THERAPEUTE

* « ça »: les forces de l’inconscient toujours à l’œuvre

*Réellement : dans le sens Lacanien « ce qui s’émane du Réel du Sujet »

Le Réel représentant, pour faire simple, les forces de l’inconscient archaïques, indicibles, organiquement incarcérées et donc impossibles à symboliser, à nommer (si je puis le formuler ainsi).

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