Skol'Art 33

L'expression créative subjective

L'expression créative subjective
La femme qui murmure à l'oreille des objets



"En art-thérapie, l’élan créatif se veut le moins éduqué, normé ou conditionné possible afin que l’objet créé soit un fidèle messager du contenu intérieur qu’il incarne ou symbolise.

L’expression créative qui en résulte est dite subjective - propre à Soi donc.

L’objet créé est sensé refléter la chose du corps, du cœur et de l’âme telle qu’elle cherche à se livrer ici-et-maintenant dans sa vibrante spontanéité - sans fard ni masque – non pas pour autrui ou dans une perspective de monstration, mais seulement pour soi à travers un acte libérateur, réparateur, éclaireur ou transformateur.

Mais de la même façon qu’un bébé ne peut pas naître sans drainer quelques lambeaux de la matière organique de sa mère, l’expression créative subjective n’est pas exempte de matières psychiques et affectives, de contenus émotionnels, pulsionnels, fantasmatiques, dont l’objet créé se fait dépositaire et témoin.

En art-thérapie, la matière de ce qui m'agite intérieurement se mêle à la matière de l’objet créé pour lui donner « sens », force et vitalité.

Ainsi créé, l’objet est toujours beau du fait de sa véracité, de son authenticité, de la densité organique, psychique et universelle qui l’habite.

Il est beau parce qu’un petit bout de moi s’est laissé « enformer » et gigote à l’intérieur de l’objet créé pour se donner à voir ou à entendre.

C’est cela, l’expression créative subjective – ou spontanée.

En atelier, le cadre, les dispositifs créatifs mis en place, la posture intérieure de l’accompagnant, concourent à créer les conditions favorables à son émergence.

Créer peut faire du bien, détendre, ressourcer, gratifier, compenser, défouler, apaiser, mais pour se dire thérapeutique, l’acte créateur doit stimuler - en toute conscience - les ressorts de l’inconscient.

Des observations sensibles s’imposent :

  • La personne crée-t-elle depuis ses profondeurs organiques et psychiques ?
  • Engage-t-elle l'intime dans l'acte créateur ou s’exprime-t-elle depuis ses masques habituels, sans réellement déranger sa matière organique, subtile, psychique, affective, inconsciente ?
  • Son expression est-elle dense, authentique, sans fard, touchante ?
  • Quels sont les lapsus et les résistances de la matière, de l’objet, les ratages, les inattendus ? Sont-ils accueillis comme autant de manifestations de l’inconscient ?
  • Comment accueille-t-elle les objets ou l’expression qui émanent d’elle ? Les reconnaît-elle ? Les assume-t-elle ?
  • Peut-elle se saisir de l’objet, dialoguer avec lui, faire œuvre de transfert, lui faire un sort ou lui affecter une destination ?
  • Qu’exprime-t-elle sur le déroulement du processus créatif, sur l’objet ou sur l’expression qui en a résulté ?
  • Y a-t-il congruence entre ce qui se vit et ce qui se dit ?

Et du côté de l’art-thérapeute :

  • Son écoute empathique est-elle assez profonde pour percevoir cette congruence ?
  • A-t-il suffisamment neutralisé les effets de l’empathie pour rester conscient des divers niveaux d’expressions et de relations, pour ne pas accrocher les masques parlants, ne pas interpréter ni projeter sur l'objet de l'autre ses propres convictions, croyances et acquis ?
  • A-t-il lui-même déjoué sa fascination pour l’esthétique de l’œuvre ? Se laisse-t-il abuser par la forme de l’objet ou de l’expression bien plus que par le fond et par ce qu'il en "retourne" ?
  • Peut-il réceptionner subtilement d’où « ça » parle quand « ça » parle - que « ça » parle en mots, en matières et en couleurs ou encore par le corps ?

Autant de vraies questions qui constituent les fondements d’un atelier d’art-thérapie, lequel ne peut pas se confondre avec tout autre cadre d’activité créative.

L’art-thérapeute doit développer la compétence incongrue de « murmurer à l’oreille des objets ».

Cela s’apprend par :

  • le développement de l’empathie - seule capable de conférer une dimension humaniste à l’accompagnement
  • l’analyse et la gestion des transferts affectifs-émotionnels au fur et à mesure de leurs émergences
  • une posture de Pleine Présence - ou de Pleine Conscience - garante d'une écoute neutre, sans jugement ni projection

Qui dit art-thérapie dit thérapie.
Qui dit thérapie dit surgissement de l’insu, de l’inconscient, expression de l’intime, de la chose du corps, du cœur et de l’âme.
Qui dit thérapie dit accueil et intégration consciente de ces contenus et cheminement vers toujours plus de Subjectivité, de reconnaissance et d'amour de soi.

Si tous les lieux d'expression et de création sont potentiellement sources de joie, de libération et de mieux-être, seul, le cadre art-thérapeutique oriente clairement l'acte créateur sur le soin et le développement de la personne.
Ici, l'objet créé n'est pas rien mais n'est pas tout.
Il symbolise à la fois :
- la parole de la personne
- le contenu psychique qu'il enforme
- le lien transférentiel caché qui se joue entre elle et l'art-thérapeute.

Tout cela doit être rendu conscient et mis au travail tout au long de la formation afin que l'art-thérapeute ne soit pas tenté de dériver sur les flots artistiques au détriment de ce qui se joue en la personne tout au long du processus créatif.


Véronique ASVISIO
Qui suis-je ?

Lexique aidant :

- Le "ça" : les forces aveugles de l'inconscient par lesquelles nous sommes agis (terme Freudien)

- le Réel : les éprouvés indicibles du corps et de l'affect - indicibles car ancestraux, archaïques, profondément enracinés dans l'inconscient (terme emprunté à LACAN)

- Subjectif : propre au Sujet (à la personne consciente donc)

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