Skol'Art 33

L’Art du mouvement :
une médiation créative porteuse de « sens »

L’Art du mouvement :<br> une médiation créative porteuse de « sens »
Cet article fait suite à l’article :
« Le corps à travers l’Histoire de la Danse »

« L’article précédent nous avait conduit, à travers l’Histoire de la Danse, à prendre conscience des représentations négatives attachées au corps, aux débordements de l’inconscient, au champ de l’expression créative libre en général.

Entre les sens interdits, les répressions morales et religieuses, les dictats successifs des codes sociaux et relationnels, le déni de l’inconscient et des forces du Féminin, la mainmise des académismes, la persécution de toutes les formes d’expressions libres et spontanées - et j’en passe ! - la Foi de chacun en ses capacités créatives et en ses propres forces de transformation avait largement de quoi s’émousser, jusqu'à disparaître sous des masques culturels de plus en plus nombreux et opaques.

Fort heureusement, sous les corsets séculaires, le corps sait…ce que la raison ignore.

Tapie derrière le mur intérieur des tabous, du silence coupable, des jugements, de la morale aux petits souliers, des conventions, des interdits frappant le corps et l’expression en général, la Joie d’Être palpite et palpitera toujours, telle une petite flamme entêtée qui refuse de s’éteindre.
A chacun d’aller la chercher sous la gangue des conditionnements séculaires.

La Danse-thérapie, ou l’Art du mouvement, ouvre une voie royale permettant à chacun de se réapproprier son corps, sa sensorialité et son expression libre, créative, vivante, vibrante.
Comment ?
Par la mise en place de dispositifs créatifs visant à réparer ce qui, des liens entre le Corps et l’Esprit, s’est perdu en chemin.

La différence entre un geste du quotidien et la grâce d’un geste dansé réside dans la Conscience et dans l’Intention qui portent ce geste. Pour que la magie opère, la forme doit refléter le fond, l’action doit porter l’intention.
Pour le dire autrement : le corps doit se laisser traverser par l’Esprit, sans réserve ni restriction.

En Occident, l’excès de mentalisation, d’intellectualisation, de virtualisation, tend à renforcer la coupure entre le Corps et l’Esprit, laissant ainsi la part belle aux emprises émotionnelles, affectives, psychiques, fantasmatiques, mentales.

Retrouver le corps sensoriel, sensible, sensitif, ouvrir le souffle, libérer le geste spontané, naturel, non éduqué ni formaté, permettre au corps d’exprimer ce qui le traverse, le glisser dans ses pompes, tout cela concourt à la réparation et à l’épanouissement de la personne dans sa globalité corps-cœur-Esprit.

Notre corps est porteur de mémoires non verbalisables.
Tous nos maux ne peuvent pas se réparer par des mots.
Toucher au corps, en Conscience, permet d’agir, dans un même temps, sur les autres plans de l’être : psychique, affectif, émotionnel, mental - parfois non accessibles par les mots ou par l’analyse.

La Conscience du corps, sa préhension sensorielle et symbolique, sa connexion à l’Esprit, forment le noyau de la voie de la Connaissance de Soi.

« Votre corps est soumis à des forces. Il répond à des Lois. Ne passez pas outre. Il a un poids et un centre de gravité, ne l’ignorez pas ! Si vous ne faites pas UN avec votre corps, vous vous diminuez et devenez maladroits. »
(Isadora Duncan – Ma vie)

L’art du mouvement doit être orienté en ce sens afin de permettre à la personne de se libérer des carcans passés et non d’engendrer de nouvelles soifs de performances sans rapport avec ses besoins profonds, essentiels, créatifs, utiles aux divers domaines de son existence.

Un geste techniquement parfait, cent mille fois répété, réalisé à la perfection, que l’on peut même qualifier de « bel ouvrage », n’atteindra jamais la grâce vibrante d’un geste porteur de l’Esprit et de la Subjectivité créative de la personne.
Une technique parfaite peut être jugée admirable par son public, mais ne sera que rarement vibrante.
Or, que vaut une expression qui ne nous fait pas vibrer ?
Comme le rappelait Duncan (Article 1), les exercices, quels qu’ils soient, doivent avoir pour but ultime le geste « Juste », c’est-à-dire le geste purifié de l’ambition, de l’angoisse, de la volonté de bien faire, de la peur de mal faire, des automatismes.
En un mot : un geste dépouillé des moteurs habituels de la personnalité !

Notre désir doit se focaliser sur la Joie intérieure, celle qui jaillit d’on ne sait où, en tous cas du dedans, et qui ne doit rien de précis à l’extérieur.
Pour cela, la liaison Corps-Esprit est à privilégier afin que l’expression créative, dansée ou autre, porte, en son essence, la cohérence naturelle et structurelle interne de la personne.

La chose paraît simple mais elle se révèle complexe dans les faits : la spontanéité créative d’un mouvement, d’un déplacement, de quelque chose qui cherche à se dire, exige d’avoir transcendé les freins suivants :

  • le désir de bien faire, syndrome du bon élève
  • la peur de mal faire
  • la recherche d’un geste idéal selon des critères extérieurs, acquis ou enviés
  • la peur du jugement, de son propre jugement
  • la soumission au regard de l’autre
  • la peur de ne pas savoir faire
  • la certitude de n’avoir rien à exprimer d’intéressant, celle d’arriver à rien
  • la honte de son monde intérieur, intime, la peur qu’il trans-paraisse
  • le désir de faire du Beau, la tendance esthétisante
  • la pudeur, l’inhibition, le refus de son corps
  • la peur « d’offrir » son corps à la musique, au mouvement, à l’espace, au regard
  • le fait d’oser prendre sa place, de prendre « tout le lit » d’une scène
  • la facilité et l’habitude des automatismes : bouger pour bouger ou faire pour faire, corps et Esprit séparés
  • l’imitation, issue d’une fascination affective ou artistique non repérée
  • les techniques et les savoirs acquis, qui mutent, à terme, en réflexes conditionnés
  • la peur de la persécution ou de la critique, si j’exprime qui je suis comme je suis, sans masque
  • la recherche de performance d’une technique, d’une discipline, au lieu d’approfondir la cohérence entre le fond et la forme, entre le Corps et l’Esprit, en vue d’établir une autonomie créative utile à sa vie

Cette liste n’est pas exhaustive et, fort heureusement, nul besoin d’avoir terrassé le dragon pour entrer dans la Danse !
C’est en s’explorant que l’on devient progressivement artisan de sa posture, de sa gestuelle, de l’expression Juste pour Soi.

Même si l’expérience de Soi à travers l’Art du mouvement se révèle exigeante et ne se fait pas en un jour, ses répercussions transformatrices sur tous les plans de l’être valent bien le temps que l’on y consacre.

Pour l’Accompagnant, ou pour le danse-thérapeute, les enjeux sont multiples. Ne doit-il pas s’assurer qu’il s’est lui-même affranchi des freins en question ?

L’Art du mouvement spontané, créatif, vivant, vibrant, peut également ouvrir la porte à de nombreux rituels intimes, personnels, subjectifs permettant à chacun de revenir à Soi et de prendre soin de Soi sur tous les plans de l’Être, en toute autonomie.

N’oublions pas que la Médiation créative en relation d’aide (ou art-thérapie) vise avant tout le développement de la personne et doit rester centrée sur cet objectif.

A travers l’exploration créative, dansée ou autre, la personne est sensée retrouver le goût d’elle-même, la Joie d’Être et la confiance en sa subjectivité créative. Il ne s’agit pas d’entrer dans une nouvelle discipline artistique ou corporelle mais d’apprendre à dialoguer avec ses contenus intérieurs, devenus « objets visibles » grâce aux processus d’expressions et de créations. »

Véronique Asvisio
Formatrice en art-thérapie à SkoL'Art33
Qui suis-je ?

Tous droits réservés – ISBN97827033088502011

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